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Mars Gore !

 

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Mont Sharp, Mars (Curiosity, août 2012)

 

La reine shk’ar ressemblait plus à une scolopendre visqueuse et noire qu’à une mante. Sa gueule immense dessinait à l’extrémité aveugle de son corps oblong une vulve dentue, et les mille pattes grêles et frémissantes d’une longueur incroyable qui couronnaient la forme obscène ondulaient en une danse cauchemardesque et hypnotique. Le spectacle de sa reptation était atroce et irréel. La chose n’était pas à sa place à l’air libre, et Chuck eut l’impression écœurante qu’une larve noire, d’une proportion inconcevable, avait été tirée prématurément de la sécurité de son œuf et tentait de survivre, ou qu’un mollusque obscur et gigotant venait d’être extirpé des plus profonds abysses de la mer intérieure pour être jeté sans pitié sur un sol terreux. Mais la chose, quoiqu’elle fût, adaptait peu à peu son infâme et gigantesque nudité à l’air martien, oui, aussi étrange que cela fut, elle s’adaptait à la surface, elle s’adaptait et elle avançait vers eux. Et elle avançait vite, bien trop vite

 

 

 

Cabraal l’aventureux (épisode 8)

 

Cabraal l'aventureux (épisode 8) corbeau

 

 

16 Jovul, mois de Semaison, Année 1163

 

Voilà bien longtemps que je n’avais pas donné de nouvelles. Il m’est tout de même arrivé quelques sacrées histoires depuis l’hiver dernier, mais la décence qui me caractérise, la discrétion, et un certain nombre de lois sur la zoophilie m’ont conduit au silence. Bref, jetons un voile cotonneux sur ces quelques semaines d’égarement (et d’ailleurs, ces mamelles, ces couinements… n’était-ce pas seulement un songe ?)

Je vous avais dit que je souhaitais repartir à l’aventure… et bien voilà, c’est presque fait ! Depuis quelques semaines, déjà, une odeur pestilentielle a envahi le pays. Quand j’écris « pestilentielle », je reste en dessous de la vérité. Même Ragnarok s’en pince le museau, c’est tout dire. La rivière Sil, si belle au printemps quand sa surface argentée invite les jeunes paysannes à des baignades imprévues (elles se dévêtent alors avec grâce et, relevant leurs longues franges blondes sur leurs fronts lumineux, jettent un rapide regard vers les sous-bois pour être sûres de ne pas être observées. Moi, évidemment, je sais me rendre invisible, et oui, je sais, l’élément liquide est une obsession), la Sil, donc, habituellement claire et miroitante, est devenue noire, et des milliers de grenouilles grisâtres et gonflées flottent mortes, le ventre à la surface. Il n’y a pas que la rivière. Les vêtements, les objets mêmes semblent souillés. Tenez, alors que j’écris ces lignes, mon livre de magie commence à sentir le moisi.

En tout cas, devinez quoi ? Devinez qui les huiles de Palabre sont venues quérir pour percer le mystère de cette insalubrité glougloutante ? Cabraal. Cabraal lui-même.

La clef de l’énigme se trouve peut-être bien au Mont Shorkosh. Les entrailles d’un corbeau mort, trouvé ce matin sur le pas de ma porte (si ce n’est pas un signe des dieux, je veux bien rendre ma robe de magicien), m’ont mis sur la voie. Je vous passe les détails de ma divination, mais c’est juste après avoir glissé sur le corbeau que j’ai aperçu Ragnarok qui s’enfuyait en gloussant, et sa reptation ridicule montrait par une étrange coïncidence la direction de la montagne, perdue dans un lointain brumeux. Je suis à peu près sûr de moi. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la Sil prend sa source dans cette montagne. C’est de Shorkosh, la montagne grise et nue, que se déverse cette abominable pestilence.

 

 

 

Cabraal l’aventureux (épisode 7)

 

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Le Baiser (Gustav Klimt, 1908)

 

16 Lol, mois de Mitouflard, Année 1163

 

La moindre des choses, si l’on veut savoir où l’on va (et pour tout dire, c’est assez flou en ce qui me concerne), c’est d’abord de savoir d’où l’on vient. Je contemple la carte de notre monde, marchandée l’autre jour au marché. Silène n’est qu’un tout petit point au Nord Ouest, même pas légendé. Pour tout dire, je ne suis jamais allé bien loin…

Je n’ai même jamais vu la mer (en réalité la mer ne m’intéresse pas, mais on m’a parlé des océanides aux dents de perle et aux seins blancs, arggh….)

Bon, reprenons nous. Le grand voyage, c’est pour plus tard. La nuit tombe, il est l’heure d’aller nourrir mon rat et de border mes deux cochonnes. Ces derniers temps, c’est vrai, mon laboratoire de magie est devenu une vraie ferme. Influencées par mon récent voisinage, mes expériences ont pris, je dois le dire, une curieuse tournure.

Vladimir ne daigne d’ailleurs plus venir prendre le thé de peur d’attraper la toxoplasmose, ou pire encore.

 

 

 

 

 

Cabraal l’aventureux (épisode 6)

 

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Circé (John William Waterhouse, 1892)

 

5 Drul, mois de Mitouflard, Année 1163

 

J’ai décidé de ne rien vous cacher de mes dernières mésaventures.

La nuit dernière, cédant à un instant d’égarement, j’ai prié le Dieu Pan (Le Grand Lotus me pardonne, mais il parait sourd à mes prières) afin qu’il m’envoie un nouveau familier. Pour tout dire, je lui ai demandé de m’envoyer une grosse cochonne (le souvenir vivace d’Aphrodisia et Sapho, sans doute).

L’aube grise s’est levée sur une vision de cauchemar, vautrée dans mon potager, reniflant bruyamment du groin. Ragnarok, toujours bien vivant, ricanait derrière mon dos. Il a ajouté que j’allais “de mal en pis”.

 

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La Bonne Fortune (René Magritte, 1942)

 

Du coup, je reprends de mauvaises habitudes, et fume un peu de lotus noir pour me détendre.

 

 

Cabraal l’aventureux (épisode 5)

 

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Waters Serpents II (Gustav Klimt, 1907)

 

5 Jovul, mois de Mitouflard, Année 1163

 

Cette nuit, le pays de Silène a fêté son entrée dans l’hiver. L’origine de cette célébration lors de laquelle il est de coutume de s’offrir moult présents et de s’enivrer d’hydromel se perd dans la nuit des temps. Les druides de la région tentent bien, mais vainement, de nous en rappeler le substrat spirituel.

Cette nuit, donc, je réveillonnais sagement avec mon familier, lorsqu’on s’est mis à tambouriner à la porte aux alentours de minuit. Aphrodisia, mon avenante voisine était gentiment venue nous rendre visite, dans le but de chanter avec nous quelques hymnes à l’hiver. Mais elle n’était pas seule. « Elle, c’est Sapho, on a  pour ainsi dire été élevées ensemble ». La Sapho en question était encore moins habillée que l’autre, c’est dire. “Et vous n’avez pas froid dans ces tenues légères?” ai-je demandé. “Pas du tout, au contraire, nous avons chaud! Tiens, bois donc de ce vin…” J’ai bu la coupe tendue par Aphrodisia (j’aurais évidemment du me méfier, nous la connaissons tous) et à partir de là, je ne me souviens plus de rien.

Je me rappelle seulement que ce matin je me suis réveillé, fort peu vêtu, dans la neige, au bord de l’étang (ça devient une habitude) et que j’avais affreusement mal à la tête (et pas qu’à la tête, en fait). A quatre pattes, ce qui me donnait l’air d’une loutre maladroite qui aurait revêtu son poil d’hiver, j’ai rampé jusqu’à chez moi. Nouvelle surprise (mais en était-ce réellement une) : dans MON lit, Ragnarok, entouré des deux nymphes ensommeillées, ronflait comme un sonneur, le poil luisant, l’air béat.

A ce moment là, je me suis dit qu’il fallait VRAIMENT que je reparte à l’aventure…

 

 

Vidéo bonus (hum…)

 

 

 

 

Cabraal l’aventureux (épisode 4)

 

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La Naissance de Vénus (Botticelli, 1485)

 

16 Jorul, mois de Trombes, Année 1162

 

Il y a un étang, non loin de ma maison, où je pêche la carpe. J’y ai surpris une naïade il y a quelques jours, elle sortait de l’onde les cheveux emmêlés, l’eau faisait sur ses seins légers une écume blanche comme du lait. Je devais songer, car j’ai entendu alors un grognement suivi d’un grand plouf, Ragnarok était justement en train de se laver le derrière. Je suis rentré chez moi, salement déprimé pour la journée.

Ce matin, le givre fait comme un voile blanc sur les paysages de Silène. Devant ce spectacle de toute beauté, mon moral remonte.

Mais vers midi, Ragnarok est malade, il grelotte de fièvre (son bain annuel dans l’étang, sans doute). Il réclame des racines en suppositoire. Je refuse.

 

(la vidéo bonus – voilà ce que j’écoute en ce moment en voiture, et ma foi, on dira ce qu’on voudra, mais Lana Del Rey ferait une naïade acceptable)

 

http://www.youtube.com/watch?v=M2CY1qQeye8

 

 

Cabraal l’aventureux (épisode 3)

 

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14 Drul, mois de Trombes, Année 1162

 

Le mois de Trombes porte bien son nom. Les milliers de gouttes font en s’écrasant sur ma fenêtre un bruit obsédant. Je devais me rendre à Palabre pour y acheter de la fiente de chauve-souris (et en profiter peut-être pour prendre le thé chez Finadel), eh bien, je ne mettrai finalement pas le nez dehors. Le pire, c’est que je vais devoir supporter Ragnarok, ce fainéant.

Ah, Ragnarok… Il faut que je vous présente mon familier : Un gros rat noir, 15 kilos, une taille de marcassin due à une expérience alchimique inconsidérée et très regrettable. Mais justement, il est trop gros maintenant (et méchant avec ça) et je ne peux plus m’en débarrasser. Il ronfle toute la journée et commence évidemment à ouvrir son œil torve vers minuit, heure à laquelle je me couche habituellement, souvent fourbu. Je vois bien comme il me regarde alors de son air vicieux me mettre au lit. En plus, il prend toute la place, et il sent très mauvais. Il faut vraiment que je trouve une solution.

 

Le son bonus (berceuse geek) :

 

 

DROIT DE REPONSE

 

Je voudrais user ici d’un légitime droit de réponse. L’auteur tient pour des raisons obscures (rancœur due à une carrière stagnante, jalousie, zoophilie refoulée ?) à me présenter comme un animal stupide et paresseux. Il faut savoir que la vie de familier de magicien n’est pas de tout repos, et que nous ne sommes d’ailleurs, mes confrères et moi, aucunement rémunérés. Or, qui prend tous les risques ? Qui s’engage le premier dans les couloirs sombres ? Je vous le demande. Le bénévolat a ses limites…

Ragnarok

 

 

Cabraal l’aventureux (épisode 2)

 

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Mon gnome assistant (à la pêche au poisson-lune dans la baie de Cilène)

 

13 Sévères, mois de Trombes, Année 1162

 

Je viens d’engager un assistant. Un gnome assistant pour être précis (il prétend être un lutin, mais il n’a pas du tout l’accent d’un lutin, et de plus il est vraiment maladroit. En fait, je le soupçonne d’être un gnome en situation irrégulière et d’être honteux de l’avouer).

Le nabot me semble en outre vraiment très peureux. Je le vois bien à la manière dont il se planque sous la table lorsque je me mets à griffonner ma prose sur les pages de ce livre (objet qu’il n’approche en général qu’en tremblant du croupion).

Enfin, il me faut bien quelqu’un pour tenir la boutique quand je partirai de nouveau à l’aventure (car je compte bien repartir à l’aventure).

 

 

 

 

Cabraal l’aventureux (épisode 1 : C’est la rentrée !)

 

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Jérémie pleurant (Rembrandt, 1630)

 

Avertissement important. Pour les rares d’entre vous qui savent lire, ceci est, théoriquement, un livre de magie. Mais comme j’ai une excellente mémoire, et même une mémoire eidétique si vous voulez tout savoir, je ne m’en sers pas pour griffonner mes sortilèges, mais plutôt pour tenir mon journal. Je sais fort bien que selon certains esprits chagrins, écrire AUTRE CHOSE QUE DE LA MAGIE dans un livre de sorts porte malheur, mais comment croire à ces fadaises quand on est un esprit rationnel ? Quoiqu’il en soit, si vous êtes amenés à lire ces lignes sans que je ne vous y aie autorisé, c’est sans doute que je suis crevé, raide quoi, enfin bel et bien mort, et que mon squelette git quelque part au fond d’une grotte obscure ou d’un marais putride, sans doute pas loin de l’endroit où ce grimoire aura été ramassé. Peut-être même avez-vous marché sur mes restes sans le savoir, bande de salauds.

 

12 Vénères, mois de Trombes, Année 1162

Je suis un peu fatigué ces jours-ci. J’ai eu un terrible accident la semaine dernière. Vous le savez peut-être, car on en a beaucoup parlé au village. Certains, je les vois d’ici, doivent encore rire sous cape. Je vous raconte quand même… Je préparais mon voyage mensuel à Silène. En révisant mes sorts, comme doit le faire régulièrement tout mage sérieux, j’ai créé une boule de feu (quelque chose de très très chaud, donc) qui a malencontreusement ricoché contre un mur et fait quelques rebonds bizarres et lumineux. Mon coccyx a fondu sous le choc. Et voilà. Là, ça va mieux, évidemment.

 

(La vidéo bonus, pour avoir supporté ça) :

 

 

 

 

Graal

 

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Portés jusqu’à l’embouchure du Rhône par le voilier d’un ami, tirés par un chaland jusqu’en une Arles désertée depuis la pandémie de 2032, les vieux os de Paul se déplacent un jour jusqu’à l’église abandonnée où il sait pouvoir trouver les vitraux. Il en a  nourri le projet depuis de nombreux mois.

Il a oublié, cela fait si longtemps, qu’il n’aime pas la froide religiosité de ces endroits. Hélène aurait pu le lui rappeler. Il entre. Les vitraux sont bien là, bleutés, ordonnés de bas en haut comme des tiroirs de lumière. Il ne le remarque pas immédiatement, mais peu à peu, une présence s’agrandit : un enfant est là, assis sur un des vieux bancs de bois, silencieux. Il doit avoir moins de dix ans. L’anormalité le frappe. On ne naît plus depuis dix ans. Mais enfin, l’enfant est là; d’ailleurs, il se lève et se dirige vers la sortie. Troublé, Paul choisit de garder les yeux fermés à son passage, contrefaisant une oraison qu’il serait déplacé d’interrompre.

Il rouvre péniblement les yeux. Le gosse est parti, le voilà tranquille. Un rayon de soleil, traversant les vitraux, l’inonde d’une lueur azurée.

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 9)

 

 

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Nébuleuse de l'Anneau (image Hubble)

 

La force de marée du Styx écartèle le navigateur. Ses os ne sont plus qu’une souffrance. Son esprit presque évanoui ressent qu’ils se brisent, ou plutôt qu’ils s’écrasent en milliers d’esquilles pour s’étirer, s’étirer encore. Sur l’écran de l’Eole, un gigantesque cercle noir masque le milieu du ciel, dont les bords s’engrossent dans le même temps d’une infinité d’étoiles allongées.

Pris dans sa sidération, Ulysse oublie d’effectuer son troisième freinage, et l’Eole descend plus profondément en spirales vertigineuses, avant que l’attraction ne devienne trop forte et ne brise net l’orbite du vaisseau, qui chute alors en ligne droite, tout en se vrillant sur lui-même dans une gerbe de gaz qui ne lui fait curieusement pas un sillage, mais retombe en pluie de filaments irréels vers la proue, vers la singularité.

Sa conscience qui s’éteint saisit une brève seconde le voile lumineux de la galaxie, qui s’échappe et tourne de plus en plus vite autour du disque sombre, ombre de plus en plus vaste, jusqu’à la nuit.

 

 

« Je suis resté sept ans prisonnier de cette île. La huitième année, Calypso m’a dit de préparer mon départ. Soit que Zeus le lui ait ordonné, soit qu’elle-même ait changé d’avis, elle m’a renvoyé sur un radeau, après m’avoir fait de nombreux présents. Elle m’a aussi donné du pain et du vin délicieux, et de nouveaux vêtements. Puis, elle a fait souffler un vent doux et propice.

 Pendant dix-sept jours, j’ai navigué; et le dix-huitième, votre pays m’est apparu. J’étais transporté de joie en voyant ces montagnes, ces forêts …

Mais mes malheurs n’étaient pas terminés ! Poséidon a alors déchaîné les vents pour me fermer le passage, défigurant la mer. La fureur des vagues m’a fait chavirer; et bientôt, malgré mes suppliques, mon radeau a été brisé par la tempête.

 J’ai alors nagé, jusqu’à l’épuisement, et les flots m’ont laissé sur ce rivage. »

 

 

 

 

La nuit. Puis l’aube, enfin, et le ressac d’un univers nouveau.

Je t’ai rêvée nue dans cet outremonde, ton sourire de nacre et ta chair blonde.Cette lueur bleue qui m’inonde lorsque tu me regardes.

Je n’ai cherché que toi.

Je n’ai craint que ton absence.

 

 

 

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Ulysse et Nausicaa (Iversen, 1918)

 

 

Son corps gisait, immobile, abandonné par la Méditerranée au milieu de la plage. Une mince pellicule de sel affadissait à peine l’ambre inhabituel de sa peau. Une large et pâle cicatrice écorchait son côté droit.

Les phéaciennes qui le trouvèrent là s’amusèrent un instant de sa nudité. Ce doit être un voyageur, ou un guerrier murmura l’une d’elles, ils sont parfois si … sauvages.

 

Nausicaa, jusque là restée à l’écart, s’approcha.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 8)

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La Sixième Heure (Manessier, 1957-1958)

 

 

Les spirales de L’Eole l’empêchent d’abord de descendre vers la singularité, compensant la force d’attraction du gouffre par la force centrifuge d’une orbite hallucinée. Ulysse enclenche le dérouleur dimensionnel du vaisseau, en même temps qu’il programme un premier freinage pour réduire sa courbe. Ses lèvres serrées retiennent une primitive prière à Hadès.

Il lui semble que ses mouvements sont ralentis, que l’air qui l’entoure devient étrangement grenu, comme dans un de ces pré-holos tournés sur pellicule, qu’il aimait voir enfant, sur sa planète, quand la pelote ébouriffée de ses cheveux se posait le soir contre les seins de sa mère. Deux minutes passent, éternelles, avant qu’il ne programme un deuxième freinage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 7)

 

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Après l'éclipse (Zao Wou Ki, 11 août 1999)

 

-         Ce monde est déjà bien grand, Ulysse.

-         Pas assez, coupe le naufragé, qui tire son corps convalescent du bassin de régénération.

-         Il est à la mesure de ce que nous sommes, reprend Nausicaa.

-          Aucun monde n’est à la mesure de l’homme. Je ne fais qu’ouvrir un chemin, que bien d’autres après moi prendront, un passage vers un autre univers. Pourquoi ne te baignes-tu pas avec moi ? Je suis là, pour le moment. Et toi aussi.

Ulysse s’assied au bord du bassin, à côté de la jeune femme, sa cuisse trempée contre la sienne, son épaule nue contre la sienne, son flanc contre le sien.

-         Tu le dis toi-même, reprend-il. Le reste n’a pas d’importance.

-         Qui sait ce que tu trouveras de l’autre côté, murmure Nausicaa, dont le regard  s’absente. Y a-t-il seulement un autre côté du monde ?

-         Ah ça… Crois-moi, je le saurai bien assez tôt.

-         Je suis, moi, dans ce monde-ci, Ulysse. Dans ce monde ci, pas dans un autre.

 

La Muerte (Intermède Rock)

 

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La Muerte !

 

Toulon ! Ses dystopies consternantes de totalitarisme mou. Son royalisme retardataire, son spectacle naval son et lumière de 42. Toulon, le môle de départ de mille expéditions civilisatrices (vous allez rentrer dans l’histoire là-bas, mon jeune ami, moi je vous le dis) ! Ses 8 réacteurs nucléaires (6 de SNA, 2 de porte-avions) au cœur de la ville (non, non, vous n’aurez pas de pastilles d’iode, eh oh , c’est pas des friandises), ses joueurs de soule bodybuildés, sa mafia, sa médaille Fields 2010 (nous en reparlerons).

Toulon, la ville où se terminent (mal) bien des romans SF (l’Echiquier du Mal, le Voyageur Imprudent, rien que ça, vérifie toi-même si tu me crois pas).

C’est aussi, tout de même, la ville où est née Joëlle Wintrebert (soit, elle en est partie à l’âge de 3 ans, mais enfin).

Tout ça. Mais pas que.

Parce qu’à Toulon, il y a aussi…

 

LA MUERTE

 

La Muerte … Comment dire ? Du rock zombi western ?

Du rock.

(OK, Greg, le chanteur est aussi bodybuildé, mais il est surtout barge et talentueux)

Rien que pour vous, donc, La Muerte …

 

 

 

Nausicaa (épisode 6)

 

 

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Les deux mains jointes de la jeune femme font à Nausicaa comme un oreiller de chair derrière sa tête et le flot sombre et emmêlé de ses cheveux. Ses yeux sont clos ou voient un autre monde, peut-être celui du songe qu’elle a fait une nuit, quelques semaines plus tôt, durant lequel un étranger qui avait le même visage d’ambre sortait des flots de Xerie, sa planète natale, et lui faisait l’amour.

Imitant cette prémonition qui se rappelle à sa conscience au fur et à mesure que la chaleur monte de son sexe à son ventre, à ses épaules, à sa nuque, elle offre au regard et à la bouche de cet amant devenu réel sa gorge, ses aisselles, les aréoles de ses seins pâles, les ourlets humides de ses lèvres, d’un rose pâle et entrouvert, elle offre à ses mains qui la serrent de plus en plus fortement ses reins qui ondulent et l’accompagnent, et à ses oreilles, les mêmes murmures inspirés par des dieux inconnus …

Dans son rêve, après l’avoir prise, l’homme l’abandonnait nue sur la grève battue d’écume, et son corps étanché était couvert de sable et de sel.

 

 

δεκάτῃ δέ με νυκτὶ μελαίνῃ νῆσον ἐς Ὠγυγίην πέλασαν θεοί, ἔνθα Καλυψὼ ναίει ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός, ἥ με λαβοῦσα ἐνδυκέως ἐφίλει τε καὶ ἔτρεφεν ἠδὲ ἔφασκε θήσειν ἀθάνατον καὶ ἀγήραον ἤματα πάντα·ἀλλ᾽ ἐμὸν οὔ ποτε θυμὸν ἐνὶ στήθεσσιν ἔπειθεν. Ἔνθα μὲν ἑπτάετες μένον ἔμπεδον, εἵματα δ᾽ αἰεὶ δάκρυσι δεύεσκον, τά μοι ἄμβροτα δῶκε Καλυψώ·ἀλλ᾽ ὅτε δὴ ὀγδόατόν μοι ἐπιπλόμενον ἔτος ἦλθεν, καὶ τότε δή μ᾽ ἐκέλευσεν ἐποτρύνουσα νέεσθαι Ζηνὸς ὑπ᾽ ἀγγελίης, ἢ καὶ νόος ἐτράπετ᾽ αὐτῆς. Πέμπε δ᾽ ἐπὶ σχεδίης πολυδέσμου, πολλὰ δ᾽ ἔδωκε, σῖτον καὶ μέθυ ἡδύ, καὶ ἄμβροτα εἵματα ἕσσεν, οὖρον δὲ προέηκεν ἀπήμονά τε λιαρόν τε. Ἑπτὰ δὲ καὶ δέκα μὲν πλέον ἤματα ποντοπορεύων, ὀκτωκαιδεκάτῃ δ᾽ ἐφάνη ὄρεα σκιόεντα γαίης ὑμετέρης, γήθησε δέ μοι φίλον ἦτορ δυσμόρῳ· ἦ γὰρ ἔμελλον ἔτι ξυνέσεσθαι ὀιζυῖ πολλῇ, τήν μοι ἐπῶρσε Ποσειδάων ἐνοσίχθων, ὅς μοι ἐφορμήσας ἀνέμους κατέδησε κέλευθον, ὤρινεν δὲ θάλασσαν ἀθέσφατον, οὐδέ τι κῦμα εἴα ἐπὶ σχεδίης ἁδινὰ στενάχοντα φέρεσθαι. Τὴν μὲν ἔπειτα θύελλα διεσκέδασ᾽· αὐτὰρ ἐγώ γε νηχόμενος τόδε λαῖτμα διέτμαγον, ὄφρα με γαίῃ ὑμετέρῃ ἐπέλασσε φέρων ἄνεμός τε καὶ ὕδωρ.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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