Cabraal l’exorciste (encore lui)

 

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(L’Aventurier, Arnold Böcklin)

 

La ferme de Brunelune dans laquelle j’avais trouvé refuge pendant l’orage – sûrement le pire orage de la décennie – donnait l’impression d’être en équilibre instable au bord d’un étang truffé de nénuphars gigantesques et étrangement cramoisis, et paraissait vraiment minuscule et biscornue, mais une fois installé à l’intérieur, tout contre l’âtre rubescent, un plaid de laine sur les genoux, assis sur un des siège de chêne ciselés par le vieux, elle vous prenait dans sa chaleur cossue. Je tirai un rond de fumée de ma vieille pipe tordue, attendant l’engourdissement.

-          J’aime son nom. Saal. Il sonne bien. La combinaison formée par ces quatre lettres me semble excellente, dis-je. J’attache beaucoup d’importance à la sonorité, vous le savez. Cabraal, Alyaa, et Saal. Saal me semble bon signe. Très bon signe. Et puis son aura ne trompe pas. Nous ferons une parfaite compagnie, j’en ai l’intuition. Il me faut cet enfant.

-          Si vous le dîtes, maître. Enfin, je saurais m’en occuper, marmonna Alyaa.

La jeune femme esquissa une moue dubitative qui échappa au jeune garçon, autant hypnotisé par les arabesques tatouées le long du cou ambré de l’apprentie magicienne que par les longs cheveux noirs qui descendaient en cascade sur sa robe légère et encore à moitié trempée. Alyaa porta son regard bleu vers le vieux fermier qui, à cet instant, soulevait le couvercle de la marmite fumante.

-          Ce sera bientôt prêt, messire Cabraal. Z’êtes bien sûr que vous voulez partir avec le gamin ? L’est pas très futé. Du moins, c’est mon avis. Sait pas reconnaître une belette d’un écureuil.

-          Laisse le donc, grommela la vieille. De toute manière, l’est pas vraiment à nous, celui-là. Fera une bouche de moins à nourrir, c’t’hiver.

-          Disons deux palabres d’or, proposai-je en ouvrant ma bourse. Cela me paraît honnête, non ? L’enfant reviendra vous visiter chaque été, cela va de soi. Mais dîtes-moi, hum, il ne rechigne pas à marcher longuement, à se lever à l’aube ? Est-il joyeux ?

-          Oh, pour ça, oui.

-          Il sait lire ? Compter ?

-          Bizarrement, oui.

-          Il ne s’oublie pas au lit, ce genre de choses ? C’est que nous allons faire un long voyage.

-          Lui, non, fit la vieille. L’est plutôt propre. Mais si vous pouviez faire quelque chose pour mon vieux… C’est qu’y flatule pas mal.

Le gamin, qui s’appliquait à ajuster les cuillères de bois le long des assiettes, se mit à rire de bon cœur.

-          Mes pouvoirs sont malheureusement limités, chère madame. M’est avis que votre époux consomme trop de chou, fis-je en humant la potée qui venait d’être servie dans son plat. Si vous m’en croyez, cardamome, fenouil, gingembre sont souverains contre les gaz. Oh merci, pas plus.

-          Bon appétit, messire. ‘partez dès ce soir ?

-          Non. Nous allons dormir ici. Du moins, si vous avez de la place.

-          Pour sûr. Mais faudra vous contenter de la grange. Bien piètre endroit pour des gens de votre rang, mais c’est tout ce que je peux offrir. La vieille va vous préparer un lit avec de la paille et une bonne couverture. L’air est bien frais, vous allez dormir comme des chats.

-          Eh bien, soit. Alyaa, vous ne voyez pas d’inconvénient à dormir dans la paille ? Ce sera rustique, évidemment.

-          J’en ai vu d’autres, maître. Et j’ai toujours rêvé de passer un moment dans le foin avec vous. S’il n’y avait pas votre gros rat.

-          Rassurez-vous, ce paresseux sommeille depuis notre départ de Silène. M’est avis qu’il attend le printemps pour montrer de nouveau son museau. Je me demande vraiment pourquoi je m’en encombre.

L’enfant s’approcha alors de moi et me regarda – ou plutôt m’observa – étrangement.

-          Je pourrais jouer avec votre rat ?

-          Mais si tu veux.

-          Moi, je suis d’accord pour partir avec vous.

-          Bien. Très bien. C’est une très bonne chose. Je vais t’apprendre tout un tas de trucs, tu verras.

-          Je peux emmener ma pelle et mon seau ? Ils sont faits en bois. J’en aurai besoin, je crois.

-          Mais… eh bien si tu veux. Pourquoi pas ?

 

 

***

 

 

La grange était froide, mais du moins était-elle à peu près sèche. Nous nous sommes, Alyaa et moi, glissés sous notre couverture, un tissu rêche mais suffisamment épais.

-          Si j’ai bien compris, me murmura Alyaa, c’est une chance que l’orage nous ait pris sous sa foudre, et que nous nous soyons arrêtés ici.

-          Appelez cela chance, si vous le voulez, Alyaa. Je préfère y voir un signe, comme je vous l’ai déjà dit. J’ai rêvé de cet enfant, voilà plusieurs lunes déjà. J’ai vu son visage en songe. Et le voilà ! Je dois l’emmener avec nous, c’est évident. Je ne sais pas trop ce que je vais pouvoir en faire, mais il me semble qu’il a quelque chose de spécial. Vous avez vu son regard ? Ce genre de regard est capable de voir l’invisible. Vous avez le même regard, c’est pour ça que je vous ai choisie il y a plusieurs années maintenant.

-          Vous allez en faire votre élève ? Tout comme moi ?

-          Je ne sais pas encore. C’est possible. Ce qui est certain, c’est que je dois l’emmener avec moi. L’avenir nous dira pourquoi ce gamin a croisé notre route.

Je ne parvenais pas à trouver le sommeil. Alyaa non plus, apparemment.

-          Nous serons arrivés la semaine prochaine à Er ?

-          Plutôt dans trois jours. Tout se passera bien.

-          Une chose m’intrigue, ou m’inquiète, cependant. Si j’ai bien saisi, la cour du roi Ammon n’a plus d’exorciste. C’est bien pourquoi on vous a fait chercher. Mais à ce que je sache, vous n’êtes pas prêtre, mais sorcier. Et encore moins exorciste.

-          Je ne suis pas exorciste, en effet. Et jusqu’alors, j’ai toujours tenu cette engeance éloignée. Mais qu’à cela ne tienne. J’ai de bons livres. Le Démonologue de Hieromantus ne me quitte jamais. Ma théorie est que ce que certains appellent la foi n’a aucun pouvoir sur les démons. La magie seule, une magie équilibrée, saine et rationnelle, peut en venir à bout. Je pense avoir prouvé que les démons ne me font pas peur. N’avons-nous pas il n’y a pas si longtemps croisé la route d’avatars d’Orcus ou de Moloch ? Nous en sommes revenus vivants, à ce que je sache.

-          Combattre des avatars est une chose, maître. Repousser des démons en est une autre. Je ne sais vraiment pas dans quoi nous allons fourrer notre nez.

-          Il se trouve que le roi Ammon rencontre quelques problèmes. La lettre adressée par ses ministres évoque une… possession. Mais ne vous inquiétez pas, Alyaa. Et nous sommes trois, maintenant.

-          Quatre, si l’on compte le rat.

-          Quatre, en effet. L’affreux ne compte pas pour rien.

 

 

***

 

 

L’auberge du hibou assoiffé se trouvait à deux journées de marche de la cité de Er. J’y étais déjà descendu et y avais mes habitudes. Le tenancier, un homme gris et voûté, me donna sa meilleure chambre, qui comptait trois lits. Nous allions enfin pouvoir dormir au sec et dans des conditions acceptables. Saal semblait vivement intéressé par mes pouvoirs. Durant notre souper, il n’avait cessé de me questionner sur la façon de lancer des sortilèges, et j’avais promis de lui faire une démonstration avant qu’il ne s’endorme.

-          Vois-tu, mon garçon, le monde est fait de quatre grands éléments, le feu, la terre, l’air, et l’eau. Ils entrent dans la composition de tous les sorts que des artisans de la magie peuvent produire.

-          Montrez-moi, Cabraal ! Montrez-moi un tour !

-          Les cendres, comme celles que peut produire ma pipe, me sont utiles pour représenter le feu. Je porte toujours sur moi un peu d’eau, et de la terre, bien entendu. Quant à l’air, eh bien, une dose de rien fait généralement l’affaire. Une fois ces composants réunis, dans des proportions précisément déterminées et compilées dans tout bon livre de magie (mais les livres ne sont pas tout, il y a le savoir-faire, bien sûr), le sorcier y ajoute l’élément corporel : ses passes, ses mouvements de doigts, si tu veux (je tournai plusieurs fois ma main droite sur elle-même, l’index levé vers l’une des poutres du plafond, pour lui montrer).

-          Et ensuite ?

-          Ensuite vient le plus important, comme les paroles d’une belle chanson : l’élément verbal, l’incantation. Ainsi, si de ma main j’entends faire jaillir une flamme, me faudra-t-il un peu de cendres dont je frotterai mes doigts. Je joindrai mes index ainsi, en prononçant la formule raa’za l’raa.

Une flammèche apparut alors au creux de ma main. Saal hurla de joie.

-          Il faut être discret. Tout le monde n’aime pas les sorciers dans cette région reculée.

-          Maintenant, il faut dormir, conseilla Alyaa. Nous avons encore de la route à faire, et il faudra nous lever tôt, demain.

-          Eh bien, chantez-lui donc une chanson, demandai-je. Cela l’aidera à trouver le sommeil.

La jeune femme, après avoir bordé l’enfant, s’agenouilla près de son lit. Ragnarok, le rat, s’était roulé en boule sur le drap, comme un chat. De sa voix douce, Alyaa commença à chantonner :

 

J’irai jusqu’à Palabre

plaider pour un voleur

qu’on a retrouvé hier

il dormait sous un arbre

l’arbre de feu – près du désert

les poches pleines de verre

- et de lueur

 

-          La chanson des voleurs, fis-je étonné. Ce n’est pas une berceuse qu’on chante aux enfants.

-          C’est que je n’en connais pas d’autre.

Saal avait fermé les yeux. Sa respiration se faisait plus forte.

-          Mais elle devrait faire l’affaire.

 

 

***

 

 

Je n’avais pas mis les pieds depuis longtemps à Er, grumeau pierreux posé à la frontière de la steppe. Notre arrivée dans la ville-forteresse nous réservait une première surprise, une surprise grasse et rose. Et odorante. Un attroupement, amas bigarré de chairs et de cris, s’était formé sur l’avenue qui menait au palais du roi, et il était presque impossible de faire un pas sans bousculer son voisin. Jouant des coudes, je m’approchai à grand-peine du nœud du vacarme. Un cochon monumental s’était assoupi devant une carriole branlante, chargée d’étoffes de mille couleurs. Les passants commentaient, certains se lamentaient, mais étrangement, aucun n’osait s’approcher de l’animal.

-          Que se passe-t-il ici ? demandai-je. Pourquoi diable personne n’a-t-il encore fait déguerpir cet animal ?

-          N’approchez pas, malheureux ! me fit le marchand, embarrassé.

-          Vous n’avez pas envie de garder votre tête sur les épaules ? me cria un autre.

-          Vous voyez bien qu’il n’est pas d’ici, intervint un troisième.

Puis, me prenant par la manche, on m’apporta une explication (que je rapporte telle quelle) :

-          C’est la dernière folie du roi. Il a ordonné la libération de tous les porcs. Ce sont des animaux sacrés, désormais. Il est interdit de les toucher sous peine de mort.

 

 

***

 

 

         Le palais était une ziggourat aux formes alambiquées qui dominait la ville. Un escalier de granit en faisait le tour jusqu’au sommet, faisant ressembler l’ouvrage à une vis cyclopéenne, dressée vers le ciel gris. Je nous annonçai aux gardes, qui prévenus de notre arrivée, m’amenèrent à Lorn, le vieux chambellan – qui avait servi au moins sept rois. Lorn, silencieux et visiblement très préoccupé, nous accompagna jusqu’à la salle du trône.

Entouré de ses esclaves et des membres de sa cour, Ammon siégeait, gras et sombre. Je fus frappé par la pâleur des barons et des serviteurs. En cet endroit habituellement si animé, nul n’osait émettre le moindre son.

-          Salutations, ô grand roi Ammon, commençai-je. Nous venons de Palabre pour vous servir. Si toutefois cela est toujours votre volonté.

-          Cabraa-aal ! Nous te connaissons, oh oui, nous te connaissons, sorcier, éleveur de rats ! Truie immonde aux quarante pis puants, voilà ce que tu es, sale sorcier ! Fils de prostituée, vieux bouc constamment en rut ! Que cet excrément de porc sorte d’ici ! Qu’il sorte de mon palais ! Ca-braa-aal ! Gamahucheur de chèvres ! Hors de mon royaume !

-          Il a l’air très en colère, me marmonna Alya.

-          On dirait. Notez que tout n’est pas faux dans ce qu’il a dit.

-          Oui (la jeune femme sourit). Quelqu’un a dû le mettre au courant pour la chèvre.

Draconecar le hiérophante posa une main lasse et grêle sur mon épaule.

-          Venez avec moi. Le roi doit se reposer, à présent. Il faut que je vous parle.

 

Draconecar, la mine contrite, nous conduisit dans son cabinet de travail, une pièce obscure, sans fenêtre. Son bureau de chêne était jonché de livres ouverts et de parchemins dépliés, le sol était tout autant tapi de grimoires, et il fut malaisé de se frayer un passage jusqu’aux chaises antiques qui nous attendaient. Le hiérophante se déplaçait avec peine. Machinalement, il saisit une carafe sur une étagère poussiéreuse et nous versa deux verres de vin, ignorant l’enfant qui était avec nous. Sa voix était lente et usée.

-          Notre seigneur Ammon est possédé. Cela fait deux lunes, maintenant. C’est la raison pour laquelle je vous ai envoyé chercher.

-          Possédé, dîtes-vous ? Ma foi, je ne vois rien de diabolique dans son comportement. Il libère des cochons, insulte un sorcier… disons qu’il est un peu excentrique. Il n’est plus tout jeune, malheureusement, sans doute devient-il un peu sénile. Mais de là à y voir la main du démon…

-          Vous ne comprenez pas. Vous ne savez pas tout. Il demande à boire du sang de vierge chaque matin.

-          Dans mon souvenir, à Er, les vierges ne courent pas les rues. Cela doit en effet poser problème.

-          Nous lui donnons du sang de bœuf, il n’y voit que du feu. Mais il n’y a pas que ça. Il a institué une loterie. Des barons ont tout perdu, des errants ont été anoblis. Un idiot est devenu ministre.

-          Je ne vois là rien qu’un peu de justice.

-           Messire Cabraal, allons, il n’est pas temps de rire de nos malheurs ! Figurez-vous que le roi a mobilisé les troupes. Il veut entrer en guerre contre la cité de Kush.

-          Bigre !

-          Il y a pire encore. Il exige à présent que, dans nos temples, aient lieu… des sacrifices humains.

-          Diable !

-          Comme vous dîtes.

 

 

***

 

 

-          Eh bien, Alyaa, qu’en pensez-vous ? Quelle est l’origine de ce mal ?

-          J’ai ressenti, dès notre entrée dans ce palais, une présence maléfique, me confia mon élève. Un esprit démoniaque plane au-dessus de la tête de ce pauvre roi Ammon.

Saal se mit à tousser.

-          Pas au-dessus, dit-il.

-          Comment ? Comment ça, pas au-dessus.

-          Pas au-dessus. Mais en dessous, plutôt.

J’étais perplexe. Le garçonnet avait l’air sûr de lui.

-          Que veux-tu dire, mon enfant ?

-          J’ai moi aussi ressenti une présence maléfique, continua-t-il, étrangement sérieux. Mais elle se trouve en dessous. Sans doute dans les caves du palais. C’est là qu’il faudrait chercher. Il y a bien des caves là en dessous ?

-          Je ne sais pas. J’imagine.

-          Pourquoi n’irions-nous pas jeter un œil, proposa Alyaa. Il faut bien commencer par chercher quelque part, non ?

 

 

***

 

 

         Nous n’attendîmes pas longtemps avant de nous lancer dans cette expédition. Munis de torches, nous nous fîmes conduire dans les méandres ombreux des sous-sols. Les caves de la ziggourat déroulaient leurs sinuosités malodorantes vers les profondeurs de la terre. Nous avions l’impression désagréable de progresser dans l’intestin grêle d’un démon endormi.

-          Tu sens quelque chose ? demandai-je à Saal.

-          Oui. Le mal s’intensifie à mesure que nous descendons. C’est un peu plus bas.

 

Nous découvrîmes la chose au détour d’un tunnel sombre et humide, qui débouchait sur une salle aux proportions invraisemblables. Il s’agissait, à vrai dire, plutôt d’une grotte naturelle : nous n’étions plus, à proprement parler, dans les sous-sols. La chose était là, visqueuse et rosâtre, pas plus grosse qu’une bouse de vache, palpitante comme un muscle cardiaque, posée sur le sol, au pied d’une stalactite. Alyaa s’approcha, éclairant la monstruosité miniature de sa torche.

-          Maître, qu’est-ce donc que cela ?

A mon tour, je m’approchai. Avec prudence.

-          C’est un blob. Jusqu’à ce jour, il ne m’avait pas été donné d’en voir. Je doutais même de leur existence.

-          Un blob ? Est-ce que cela vit ?

-          Sans aucun doute. C’est une créature dimensionnelle. Redoutable. Ses pouvoirs psychiques sont dévastateurs. Reculez, à présent ! Tenez-vous à l’écart, je vais tenter de détruire cette abomination par la puissance de ma magie.

 

Rien n’y fit. Je tentai tous les sortilèges enseignés par le Démonologue. J’essayai le feu et le souffre, l’eau bénite, les éclairs, la glace, mais la chose ne bronchait pas. En désespoir de cause, je libérai Ragnarok de son sac. Le rat rampa jusqu’au blob, le renifla, mais refusa absolument d’y planter les dents. Il recula en couinant, soudain apeuré.

-          Que faire, gémit Alyaa ? Cette horreur semble résister à tout.

-          Je ne sais pas, dis-je. Je ne sais vraiment pas.

 

C’est alors que nous avons vu Saal accomplir l’inimaginable. Inimaginable pour nos esprits compliqués et tordus par la vie. L’enfant posa simplement son sac à terre, en tira sa pelle et son seau en bois. Son sac ne contenait pas grand-chose d’autre, à vrai-dire, hormis un ou deux linges de rechange. Il s’approcha du blob, qui frissonnait bizarrement, se pencha et le ramassa bêtement avec sa pelle. Puis, il fit glisser l’immondice glaireuse dans son seau. Le blob se recroquevilla au fond, et ne bougea plus. Il avait viré au gris.

-          Il est fait de quel bois, ton seau ? Ai-je demandé. Du saule ? De l’aubépine, peut-être ?

-          Je ne sais pas. C’est important ?

-          Non. Ce n’est peut-être pas si important, murmurai-je en fixant le regard d’ambre du garçon, un regard parfaitement innocent.

 

 

***

 

 

Nous sommes allés jusqu’à la mer de Porphyre. Nous avons loué une barque et, une fois parvenus au large, nous y avons jeté le blob. Les flots étaient calmes, la mer presque plate, comme un gigantesque miroir. La chose a coulé comme une pierre. Il m’a semblé entendre un profond gémissement, noyé dans un gargouillis grotesque. Nous nous sommes regardés sans dire un mot.

 

J’ai compris une chose, lors de ce voyage. On apprend à tout âge, et je saurais m’en souvenir. J’ai appris que l’innocence peut beaucoup de choses.

Et que faire le bien, parfois, peut n’être qu’un jeu d’enfant.

 

 

 

 

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