Alma Earth

 

 

 

Alma. Il comprit qu’elle l’appelait, bien qu’elle fût encore assez loin d’elle. Une apparition tout d’abord, comme un songe imprévu, un songe qu’il aurait fait peu avant l’aube violette, un rêve d’elle. Elle l’appela encore. Allez, viens, maintenant. Viens te baigner, il n’est pas temps de parler. Il eut à peine le temps de voir son regard clair. Son visage était déjà au creux de son épaule. Je suis là. Est-ce que le reste a de l’importance ? Sa main qu’elle avait prise dans la sienne, il descendit avec elle l’obscurité des marches interminables qui menaient, à travers une végétation serrée et odorante, en contrebas de la corniche, au bord du canal, où la surface de l’Hébès, maîtrisée, assoupie, léchait la pierre sombre en vagues courtes et languides. Ils s’assirent, l’un contre l’autre, sur la grève longue et rectangulaire, la pierre retenait encore un peu la chaleur passée du soleil lointain, à présent caché de l’autre côté du monde. Ils se déshabillèrent, on y voyait peu, à peine sur le fleuve quelques reflets des lueurs de la cité. Sa cuisse nue, lisse, ambrée, ornée d’un tatouage talar’i, était contre la sienne. Il respira l’air du soir et le parfum de son corps. Il oublia un instant qu’il avait envie d’elle. Qu’il avait envie d’elle depuis des semaines, depuis le soir où elle l’avait bousculé à la sortie de la station du district 17. Ils s’étaient revus, rien que tous les deux, plusieurs fois, pour prendre un verre. Puis, du jour au lendemain, elle n’avait plus donné signe de vie.

 

Mais Alma était près de lui, simplement, et elle avait sans doute raison quand elle disait que le reste n’avait pas d’importance. Viens, nage un peu près de moi, dit-elle. Ils firent quelques brasses et le clapotement de leur nage s’éloigna peu à peu du bord où quelques rares promeneurs nocturnes s’endormaient déjà. Ils nagèrent ainsi quelques instants, côte à côte, s’éloignant dans la nuit, jusqu’à rejoindre un ilot artificiel, un pavé cubique posé là, presque au milieu du fleuve. Ce truc doit être plus gros qu’il n’en a l’air, vu la profondeur, pensa Chuck en se hissant sur la pierre glissante à la suite d’Alma. Il n’avait jamais remarqué ce tatouage auparavant, sur sa cuisse, mais il se rappela qu’il ne l’avait jamais vue nue, ni même en partie dévêtue, et c’est alors qu’il entendit la voix fiévreuse de Ryder dans son holo. Il lui disait de rappeler dès que possible, parce que ça lui semblait important, il n’oserait pas le déranger à une heure pareille. Si Ryder, qui n’appelait jamais, prenait le soin de lui laisser un message, c’est que c’était sûrement important, mais bon sang, quelle heure était-il ?

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