Cabraal l’aventureux (épisode 8)

 

Cabraal l'aventureux (épisode 8) corbeau

 

 

16 Jovul, mois de Semaison, Année 1163

 

Voilà bien longtemps que je n’avais pas donné de nouvelles. Il m’est tout de même arrivé quelques sacrées histoires depuis l’hiver dernier, mais la décence qui me caractérise, la discrétion, et un certain nombre de lois sur la zoophilie m’ont conduit au silence. Bref, jetons un voile cotonneux sur ces quelques semaines d’égarement (et d’ailleurs, ces mamelles, ces couinements… n’était-ce pas seulement un songe ?)

Je vous avais dit que je souhaitais repartir à l’aventure… et bien voilà, c’est presque fait ! Depuis quelques semaines, déjà, une odeur pestilentielle a envahi le pays. Quand j’écris « pestilentielle », je reste en dessous de la vérité. Même Ragnarok s’en pince le museau, c’est tout dire. La rivière Sil, si belle au printemps quand sa surface argentée invite les jeunes paysannes à des baignades imprévues (elles se dévêtent alors avec grâce et, relevant leurs longues franges blondes sur leurs fronts lumineux, jettent un rapide regard vers les sous-bois pour être sûres de ne pas être observées. Moi, évidemment, je sais me rendre invisible, et oui, je sais, l’élément liquide est une obsession), la Sil, donc, habituellement claire et miroitante, est devenue noire, et des milliers de grenouilles grisâtres et gonflées flottent mortes, le ventre à la surface. Il n’y a pas que la rivière. Les vêtements, les objets mêmes semblent souillés. Tenez, alors que j’écris ces lignes, mon livre de magie commence à sentir le moisi.

En tout cas, devinez quoi ? Devinez qui les huiles de Palabre sont venues quérir pour percer le mystère de cette insalubrité glougloutante ? Cabraal. Cabraal lui-même.

La clef de l’énigme se trouve peut-être bien au Mont Shorkosh. Les entrailles d’un corbeau mort, trouvé ce matin sur le pas de ma porte (si ce n’est pas un signe des dieux, je veux bien rendre ma robe de magicien), m’ont mis sur la voie. Je vous passe les détails de ma divination, mais c’est juste après avoir glissé sur le corbeau que j’ai aperçu Ragnarok qui s’enfuyait en gloussant, et sa reptation ridicule montrait par une étrange coïncidence la direction de la montagne, perdue dans un lointain brumeux. Je suis à peu près sûr de moi. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la Sil prend sa source dans cette montagne. C’est de Shorkosh, la montagne grise et nue, que se déverse cette abominable pestilence.

 

 

 

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