Archives pour août 2012

Graal

 

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Portés jusqu’à l’embouchure du Rhône par le voilier d’un ami, tirés par un chaland jusqu’en une Arles désertée depuis la pandémie de 2032, les vieux os de Paul se déplacent un jour jusqu’à l’église abandonnée où il sait pouvoir trouver les vitraux. Il en a  nourri le projet depuis de nombreux mois.

Il a oublié, cela fait si longtemps, qu’il n’aime pas la froide religiosité de ces endroits. Hélène aurait pu le lui rappeler. Il entre. Les vitraux sont bien là, bleutés, ordonnés de bas en haut comme des tiroirs de lumière. Il ne le remarque pas immédiatement, mais peu à peu, une présence s’agrandit : un enfant est là, assis sur un des vieux bancs de bois, silencieux. Il doit avoir moins de dix ans. L’anormalité le frappe. On ne naît plus depuis dix ans. Mais enfin, l’enfant est là; d’ailleurs, il se lève et se dirige vers la sortie. Troublé, Paul choisit de garder les yeux fermés à son passage, contrefaisant une oraison qu’il serait déplacé d’interrompre.

Il rouvre péniblement les yeux. Le gosse est parti, le voilà tranquille. Un rayon de soleil, traversant les vitraux, l’inonde d’une lueur azurée.

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 9)

 

 

Nausicaa (épisode 9) hubble_ring_neb-lg

Nébuleuse de l'Anneau (image Hubble)

 

La force de marée du Styx écartèle le navigateur. Ses os ne sont plus qu’une souffrance. Son esprit presque évanoui ressent qu’ils se brisent, ou plutôt qu’ils s’écrasent en milliers d’esquilles pour s’étirer, s’étirer encore. Sur l’écran de l’Eole, un gigantesque cercle noir masque le milieu du ciel, dont les bords s’engrossent dans le même temps d’une infinité d’étoiles allongées.

Pris dans sa sidération, Ulysse oublie d’effectuer son troisième freinage, et l’Eole descend plus profondément en spirales vertigineuses, avant que l’attraction ne devienne trop forte et ne brise net l’orbite du vaisseau, qui chute alors en ligne droite, tout en se vrillant sur lui-même dans une gerbe de gaz qui ne lui fait curieusement pas un sillage, mais retombe en pluie de filaments irréels vers la proue, vers la singularité.

Sa conscience qui s’éteint saisit une brève seconde le voile lumineux de la galaxie, qui s’échappe et tourne de plus en plus vite autour du disque sombre, ombre de plus en plus vaste, jusqu’à la nuit.

 

 

« Je suis resté sept ans prisonnier de cette île. La huitième année, Calypso m’a dit de préparer mon départ. Soit que Zeus le lui ait ordonné, soit qu’elle-même ait changé d’avis, elle m’a renvoyé sur un radeau, après m’avoir fait de nombreux présents. Elle m’a aussi donné du pain et du vin délicieux, et de nouveaux vêtements. Puis, elle a fait souffler un vent doux et propice.

 Pendant dix-sept jours, j’ai navigué; et le dix-huitième, votre pays m’est apparu. J’étais transporté de joie en voyant ces montagnes, ces forêts …

Mais mes malheurs n’étaient pas terminés ! Poséidon a alors déchaîné les vents pour me fermer le passage, défigurant la mer. La fureur des vagues m’a fait chavirer; et bientôt, malgré mes suppliques, mon radeau a été brisé par la tempête.

 J’ai alors nagé, jusqu’à l’épuisement, et les flots m’ont laissé sur ce rivage. »

 

 

 

 

La nuit. Puis l’aube, enfin, et le ressac d’un univers nouveau.

Je t’ai rêvée nue dans cet outremonde, ton sourire de nacre et ta chair blonde.Cette lueur bleue qui m’inonde lorsque tu me regardes.

Je n’ai cherché que toi.

Je n’ai craint que ton absence.

 

 

 

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Ulysse et Nausicaa (Iversen, 1918)

 

 

Son corps gisait, immobile, abandonné par la Méditerranée au milieu de la plage. Une mince pellicule de sel affadissait à peine l’ambre inhabituel de sa peau. Une large et pâle cicatrice écorchait son côté droit.

Les phéaciennes qui le trouvèrent là s’amusèrent un instant de sa nudité. Ce doit être un voyageur, ou un guerrier murmura l’une d’elles, ils sont parfois si … sauvages.

 

Nausicaa, jusque là restée à l’écart, s’approcha.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 8)

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La Sixième Heure (Manessier, 1957-1958)

 

 

Les spirales de L’Eole l’empêchent d’abord de descendre vers la singularité, compensant la force d’attraction du gouffre par la force centrifuge d’une orbite hallucinée. Ulysse enclenche le dérouleur dimensionnel du vaisseau, en même temps qu’il programme un premier freinage pour réduire sa courbe. Ses lèvres serrées retiennent une primitive prière à Hadès.

Il lui semble que ses mouvements sont ralentis, que l’air qui l’entoure devient étrangement grenu, comme dans un de ces pré-holos tournés sur pellicule, qu’il aimait voir enfant, sur sa planète, quand la pelote ébouriffée de ses cheveux se posait le soir contre les seins de sa mère. Deux minutes passent, éternelles, avant qu’il ne programme un deuxième freinage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 7)

 

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Après l'éclipse (Zao Wou Ki, 11 août 1999)

 

-         Ce monde est déjà bien grand, Ulysse.

-         Pas assez, coupe le naufragé, qui tire son corps convalescent du bassin de régénération.

-         Il est à la mesure de ce que nous sommes, reprend Nausicaa.

-          Aucun monde n’est à la mesure de l’homme. Je ne fais qu’ouvrir un chemin, que bien d’autres après moi prendront, un passage vers un autre univers. Pourquoi ne te baignes-tu pas avec moi ? Je suis là, pour le moment. Et toi aussi.

Ulysse s’assied au bord du bassin, à côté de la jeune femme, sa cuisse trempée contre la sienne, son épaule nue contre la sienne, son flanc contre le sien.

-         Tu le dis toi-même, reprend-il. Le reste n’a pas d’importance.

-         Qui sait ce que tu trouveras de l’autre côté, murmure Nausicaa, dont le regard  s’absente. Y a-t-il seulement un autre côté du monde ?

-         Ah ça… Crois-moi, je le saurai bien assez tôt.

-         Je suis, moi, dans ce monde-ci, Ulysse. Dans ce monde ci, pas dans un autre.

 

La Muerte (Intermède Rock)

 

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La Muerte !

 

Toulon ! Ses dystopies consternantes de totalitarisme mou. Son royalisme retardataire, son spectacle naval son et lumière de 42. Toulon, le môle de départ de mille expéditions civilisatrices (vous allez rentrer dans l’histoire là-bas, mon jeune ami, moi je vous le dis) ! Ses 8 réacteurs nucléaires (6 de SNA, 2 de porte-avions) au cœur de la ville (non, non, vous n’aurez pas de pastilles d’iode, eh oh , c’est pas des friandises), ses joueurs de soule bodybuildés, sa mafia, sa médaille Fields 2010 (nous en reparlerons).

Toulon, la ville où se terminent (mal) bien des romans SF (l’Echiquier du Mal, le Voyageur Imprudent, rien que ça, vérifie toi-même si tu me crois pas).

C’est aussi, tout de même, la ville où est née Joëlle Wintrebert (soit, elle en est partie à l’âge de 3 ans, mais enfin).

Tout ça. Mais pas que.

Parce qu’à Toulon, il y a aussi…

 

LA MUERTE

 

La Muerte … Comment dire ? Du rock zombi western ?

Du rock.

(OK, Greg, le chanteur est aussi bodybuildé, mais il est surtout barge et talentueux)

Rien que pour vous, donc, La Muerte …

 

 

 

Nausicaa (épisode 6)

 

 

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Les deux mains jointes de la jeune femme font à Nausicaa comme un oreiller de chair derrière sa tête et le flot sombre et emmêlé de ses cheveux. Ses yeux sont clos ou voient un autre monde, peut-être celui du songe qu’elle a fait une nuit, quelques semaines plus tôt, durant lequel un étranger qui avait le même visage d’ambre sortait des flots de Xerie, sa planète natale, et lui faisait l’amour.

Imitant cette prémonition qui se rappelle à sa conscience au fur et à mesure que la chaleur monte de son sexe à son ventre, à ses épaules, à sa nuque, elle offre au regard et à la bouche de cet amant devenu réel sa gorge, ses aisselles, les aréoles de ses seins pâles, les ourlets humides de ses lèvres, d’un rose pâle et entrouvert, elle offre à ses mains qui la serrent de plus en plus fortement ses reins qui ondulent et l’accompagnent, et à ses oreilles, les mêmes murmures inspirés par des dieux inconnus …

Dans son rêve, après l’avoir prise, l’homme l’abandonnait nue sur la grève battue d’écume, et son corps étanché était couvert de sable et de sel.

 

 

δεκάτῃ δέ με νυκτὶ μελαίνῃ νῆσον ἐς Ὠγυγίην πέλασαν θεοί, ἔνθα Καλυψὼ ναίει ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός, ἥ με λαβοῦσα ἐνδυκέως ἐφίλει τε καὶ ἔτρεφεν ἠδὲ ἔφασκε θήσειν ἀθάνατον καὶ ἀγήραον ἤματα πάντα·ἀλλ᾽ ἐμὸν οὔ ποτε θυμὸν ἐνὶ στήθεσσιν ἔπειθεν. Ἔνθα μὲν ἑπτάετες μένον ἔμπεδον, εἵματα δ᾽ αἰεὶ δάκρυσι δεύεσκον, τά μοι ἄμβροτα δῶκε Καλυψώ·ἀλλ᾽ ὅτε δὴ ὀγδόατόν μοι ἐπιπλόμενον ἔτος ἦλθεν, καὶ τότε δή μ᾽ ἐκέλευσεν ἐποτρύνουσα νέεσθαι Ζηνὸς ὑπ᾽ ἀγγελίης, ἢ καὶ νόος ἐτράπετ᾽ αὐτῆς. Πέμπε δ᾽ ἐπὶ σχεδίης πολυδέσμου, πολλὰ δ᾽ ἔδωκε, σῖτον καὶ μέθυ ἡδύ, καὶ ἄμβροτα εἵματα ἕσσεν, οὖρον δὲ προέηκεν ἀπήμονά τε λιαρόν τε. Ἑπτὰ δὲ καὶ δέκα μὲν πλέον ἤματα ποντοπορεύων, ὀκτωκαιδεκάτῃ δ᾽ ἐφάνη ὄρεα σκιόεντα γαίης ὑμετέρης, γήθησε δέ μοι φίλον ἦτορ δυσμόρῳ· ἦ γὰρ ἔμελλον ἔτι ξυνέσεσθαι ὀιζυῖ πολλῇ, τήν μοι ἐπῶρσε Ποσειδάων ἐνοσίχθων, ὅς μοι ἐφορμήσας ἀνέμους κατέδησε κέλευθον, ὤρινεν δὲ θάλασσαν ἀθέσφατον, οὐδέ τι κῦμα εἴα ἐπὶ σχεδίης ἁδινὰ στενάχοντα φέρεσθαι. Τὴν μὲν ἔπειτα θύελλα διεσκέδασ᾽· αὐτὰρ ἐγώ γε νηχόμενος τόδε λαῖτμα διέτμαγον, ὄφρα με γαίῃ ὑμετέρῃ ἐπέλασσε φέρων ἄνεμός τε καὶ ὕδωρ.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 5)

 

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L'Offrande de la Terre, Manessier, 1961-1962

 

-         De quoi rêves-tu, Ulysse ? Tu as l’air si songeur ces derniers jours. J’ai le sentiment qu’Aquarius devient trop petit pour toi.

Nausicaa prend la main de l’homme dans la sienne. Ulysse ne répond pas. Ils marchent ainsi silencieusement quelques minutes, traversant les couloirs animés de la station.

-         Pardonne-moi Nausicaa. Tu as tant fait pour moi. Je rêve, c’est vrai. Je rêve d’un monde qui n’est pas ce monde.

-         Il n’y a qu’un monde, Ulysse.

-         Tu te trompes. N’as-tu jamais entendu parler du Styx ?

-         Le Styx ? Un chant ancien, il me semble, hésite la jeune femme.

-         Le Styx est plus qu’un chant ancien. Le Styx est la Grande Confluence. Une intersection, une porte vers d’autres branes, vers d’autres univers, d’autres mondes que celui-ci. Tel est le rêve que je poursuis depuis la fin de la guerre, depuis que j’ai quitté la Terre, en fait.

Nausicaa détourne son regard de celui de son compagnon. Elle observe un instant le gigantesque hologramme de la Voie Lactée qui, émanant du sol de la grande bibliothèque qu’ils traversent alors tous deux, tourne sur lui-même avec lenteur. Elle approche sa main, dont les doigts fins et blancs traversent tout au bord de l’image un millier de poussières de lumière, à l’extrémité du bras du Cygne.

-         Voyager d’une brane à l’autre… c’est… impossible… Comment ? Et quand bien même un point de confluence serait imaginable, où le trouveras-tu ? Comment… le traverser ?

-         Nous l’avions presque détecté, au cœur même de la Voie Lactée, il y a sept ans, avant l’abordage de l‘Eole. Un passage. C’est là que je dois retourner.

Nausicaa observe le cœur de l’hologramme, une nuée lumineuse, indistincte, inaccessible.

-         C’est de la folie ! Il n’y a qu’une singularité au centre de la galaxie. Un trou noir, rien d’autre, un au-delà immesurable où rien n’existe plus. C’est la mort que tu trouveras là-bas.

-         Je n’ai aucune intention de mourir, Nausicaa …

-         Et moi, je ne veux pas te perdre.

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 4)

 

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-         Tu as fait la guerre ?

-         Le regard de l’homme s’est alors assombri. Il a semblé se perdre un instant, ses yeux ont cherché un ailleurs, puis se sont arrêtés sur ceux de Nausicaa, se ressourçant à leurs eaux bleues.

-           La guerre. J’aimerais l’oublier. Oui, j’ai fait la guerre, comme beaucoup d’hommes de ma génération maudite. Lors de la grande extension, la république s’est frottée d’un peu trop près aux shkars. Enfin, c’est une histoire connue, et il n’y a pas grand-chose à en dire. Ces vermines sont ce que les dieux ont engendré de plus consternant dans tout le grouillement de l’univers ! Je me suis trouvé mêlé à tout ce chaos, mais c’est déjà un autre temps. Tu devrais penser à autre chose.

- Mon père a participé à cette guerre. Il n’en parlait presque jamais, mais je l’entendais parfois murmurer à ma mère qu’il avait vu le pire, et son visage, alors, son visage paraissait déformé par l’effroi. Le pire, c’est tout ce qu’il en disait. Tu as du beaucoup souffrir, Ulysse. Je ne t’imagine pas en guerrier, tu devais être si jeune, encore.

-          J’étais bien jeune, en effet. Mais cette guerre fut longue ; j’ai vieilli vite. Et je ne suis pas fier de l’homme qu’elle m’a fait devenir… Tu m’imagines meilleur que je ne suis, Nausicaa, je le vois bien. Je ne vaux peut-être pas l’attention que tu me portes.

-                  Ne parle pas ainsi, Ulysse, murmure la jeune femme. Cela fait plusieurs semaines, maintenant… je me sens bien auprès de toi, le reste a finalement peu d’importance. Je ne devrais pas te dire ça, mais je remercie les dieux, parce qu’ils ont voulu que nos routes se rejoignent.

-                  Les dieux, je ne sais pas. La guerre était finie, nous étions sur le chemin du retour quand l’Eole a été pris en chasse dans l’amas des Arches. Nous avons été abordés par cette… chose. Je préfère ne rien dire de ce cauchemar, personne de sensé ne me croirait, mais je ne vois pas les dieux ainsi. Alors les dieux… Je ne crois pas aux dieux. Mais peut-être, après tout. Ce dont je suis sûr, c’est que tout mon équipage a péri. J’ai dérivé jusqu’à trouver une planète habitable. Un monde perdu, dont je suis resté captif. Là encore, j’ai plutôt l’impression d’un songe… Il m’a fallu sept ans. Sept ans pour réparer l’Eole, et repartir. La route dont tu parles a été bien étrange. Et mon vaisseau n’a malheureusement pas tenu bien longtemps. Je n’avais plus d’énergie, de nourriture, presque plus d’oxygène… mais tu connais la suite, c’est alors que les patrouilleurs d’Aquarius m’ont repêché.

 

« Qui es-tu étranger ? De quel monde viens-tu donc ? Et qui t’a vêtu ainsi ? Tu dis qu’après avoir longtemps dérivé sur la mer, la tempête t’a jeté sur ce rivage ? »

Ulysse, prudemment, répond:

« Il m’est difficile de te raconter tous mes malheurs ; car les immortels m’ont poursuivi sans relâche. Mais je vais te répondre, cependant. — Au loin dans la mer s’élève l’île d’Ogygie où vit la troublante Calypso, l’atlante aux cheveux magnifiques, crainte par les hommes et les dieux.

J’ai été conduit en sa demeure et suis devenu son captif, après qu’une foudre éclatante eut fait disparaître mon navire au plus profond de la mer ténébreuse.

Mes compagnons sont tous morts. Pendant neuf jours, je me suis accroché à la carène de mon vaisseau, que ballottaient les flots. Le dixième jour, par une nuit obscure, les dieux m’ont poussé vers les rivages d’Ogygie. Calypso m’y a accueilli avec empressement, me comblant de ses caresses. Elle m’a soigné, et m’a promis l’immortalité si je restais auprès d’elle. Mais j’ai refusé cette servitude. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 3)

 

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Nausicaa observe un instant par le hublot de quartz modifié de sa cabine l’étoile miniature qui, d’un ciel noir et lointain, éclaire misérablement la station endormie. Son patient l’obsède. Il ne présente aucun symptôme particulier, en dehors de la trace déjà ancienne d’une sale blessure sur le côté et ce voile amnésique qui, progressivement, se déchire et révèle une personnalité marquée par les guerres interstellaires et les voyages. Le rescapé s’est peu à peu livré à elle, sa guérisseuse, plutôt qu’aux autorités d’Aquarius, envers qui il ne nourrit qu’une confiance limitée. Elle voit de quelle manière il la regarde, et cette manière, pas insistante mais profonde, la trouble au plus profond d’elle-même.

-         Tu es bien loin de la Terre, Ulysse, lui a-t-elle demandé, une fois qu’il fut guéri et qu’ils ont commencé à se voir, passant de plus en plus de temps dans les jardins artificiels de la station. Qu’est ce qui a pu t’amener à cet endroit de la galaxie ? Aquarius est un stelloport-frontière. Il n’y a rien de connu au-delà de ce système.

-         J’ai quitté la Terre il y a longtemps, sur l’Eole, le même vaisseau qui m’a tant bien que mal conduit ici. C’était il y a vingt ans de cela. Je trouvais le système solaire trop petit, je ne pensais qu’à voyager… Puis, il y a eu la guerre.

 

 

Nausicaa (épisode 2)

 

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La clinicienne se penche vers lui, vérifie les données qui défilent silencieusement sur le scanner, lui sourit. Ses lèvres révèlent alors la nacre discrète des dents. L’homme peut sentir son souffle, léger, presque parfumé. Il se demande s’il rêve encore.

-          Nous avons simplement besoin de vous identifier, reprend la jeune femme d’une voix douce. Vous ne portiez pas… d’identificateur… Vous rappelez-vous votre nom ?

-          Etes-vous … terrienne ?

-          Terrienne, non. Je suis vaaxienne. Mais humaine, tout comme vous, sans aucun doute. Je suis le médecin en chef d’Aquarius, mais ici, tout le monde m’appelle Nausicaa. Vous venez donc … de la Terre, c’est bien ça ?

-          La Terre… Elle me paraît si loin à présent, souffle le naufragé.

-          Vous souvenez vous de votre nom ? Nous avons besoin de vous identifier.

-          Mon nom…. Je me souviens … Ulysse… Mon nom est Ulysse.


 

Ξεῖνε, τὸ μέν σε πρῶτον ἐγὼν εἰρήσομαι αὐτή· Τίς πόθεν εἰς ἀνδρῶν; τίς τοι τάδε εἵματ᾽ ἔδωκεν; Οὐ δὴ φῆς ἐπὶ πόντον ἀλώμενος ἐνθάδ᾽ ἱκέσθαι; » Τὴν δ᾽ ἀπαμειβόμενος προσέφη πολύμητις Ὀδυσσεύς· Ἀργαλέον, βασίλεια, διηνεκέως ἀγορεῦσαι κήδε᾽, ἐπεί μοι πολλὰ δόσαν θεοὶ Οὐρανίωνες· τοῦτο δέ τοι ἐρέω ὅ μ᾽ ἀνείρεαι ἠδὲ μεταλλᾷς. Ὠγυγίη τις νῆσος ἀπόπροθεν εἰν ἁλὶ κεῖται· ἔνθα μὲν Ἄτλαντος θυγάτηρ, δολόεσσα Καλυψὼ ναίει ἐυπλόκαμος, δεινὴ θεός·οὐδέ τις αὐτῇ μίσγεται οὔτε θεῶν οὔτε θνητῶν ἀνθρώπων. Ἀλλ᾽ ἐμὲ τὸν δύστηνον ἐφέστιον ἤγαγε δαίμων οἶον, ἐπεί μοι νῆα θοὴν ἀργῆτι κεραυνῷ Ζεὺς ἔλσας ἐκέασσε μέσῳ ἐνὶ οἴνοπι πόντῳ. Ἔνθ᾽ ἄλλοι  μὲν πάντες ἀπέφθιθεν ἐσθλοὶ ἑταῖροι, αὐτὰρ ἐγὼ πιν ἀγκὰς ἑλὼν νεὸς ἀμφιελίσσης ἐννῆμαρ φερόμην·

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nausicaa (épisode 1)

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La station spatiale ISS prise au radar d'un satellite d'observation (mars 2008)

 

« C’est un errant, qu’elle aura ramené de son vaisseau, un homme de loin, car nous n’avons pas de voisins. Ou bien elle a fait un vœu et à ses ardentes prières, un dieu est venu, descendu du ciel : elle l’aura pour elle seule, toute sa vie. »

Odyssée – Chant VI

Son corps flotte, nu et immobile, au milieu de la cuve. Le plasma de survie affadit à peine l’ambre inhabituel de sa peau. Une large et pâle cicatrice, de celles que laissent les shk’ars aux rares survivants de leurs raids, écorche le flanc droit. Quelques unes des oshan’eed en transit s’amusent en croisant le medigrav de voir le sexe non rétractile de l’étranger, libre dans son liquide, comme une anguille. Ce doit être un terrien, glousse une des voyeuses, ils sont restés si … primitifs.


La première chose qu’il voit en s’extirpant de son coma artificiel, ce sont ses yeux. Son regard, d’un bleu aussi profond et pur que la surface de Neptune.

-         Où suis-je ?

-         Sur Aquarius. Vous avez fait naufrage, visiblement. Vous vous trouvez dans un des blocs médicaux de la station. Oh… ne vous inquiétez pas, tout va bien maintenant.

-         Une station ? A cet endroit du bras d’Orion ? Si loin de tout ?

-         Oui. Plus qu’une simple station, en réalité. Le dernier stelloport de la République. Je me demande même si on ne nous a pas oubliés. Nous parlerons astrographie plus tard, autant que vous voudrez. Mais pour le moment, il faut vous reposer.

 

(La BO qui va bien) :

 

 

 

 

Une curiosité bien humaine (2)

 

Une curiosité bien humaine (2) mars-curiosity-14

 

(Paysage de Mars, Curiosity, août 2012)

 

La route du spatioport de Roissy, luisante de pluie et d’autolecs, fait un cathéter interminable sous la peau pierre de la mégapole.

 - Je serai sur Mars dans deux semaines. J’attendrai que tu te connectes, murmure Arno.

- Je te promets de le faire.

- Ouais… tu vois, Lisa, c’est étrange …

- Qu’est ce qui est étrange ?

- J’ai l’impression que je ne te connais vraiment que quand tu pars, ou quand je te quitte.

- Arrête de te prendre la tête…

 

 

 

 

 

Sagittarius A

 

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Alya se promène dans les coursives, lumineuses de blancheur artificielle, de la station. J’aimerais pouvoir travailler tranquillement, me concentrer sur les données recueillies par l’ordinateur central sur la singularité de Sagittarius-A , mais le bruit de ses pas, un bruit lointain, ténu mais obsédant, résonne jusqu’au seuil de ma conscience. Alya marche, entièrement nue, comme à son habitude. Elle a toujours aimé ça, se promener nue, elle connait la beauté de son long corps cuivré, de sa chevelure noire, interminable, et elle aime lorsque je la regarde. Moi, je fais celui qui ne la voit pas.

Ce n’est pas tant qu’elle soit nue qui me dérange. Après tout, la station est vide. Non, ce qui me gêne, c’est qu’elle ne devrait pas être là.

Passion, Manessier, 1948

 

Passion, Manessier, 1948 25._Manessier_Passion_selon_saint_Matthieu2-e1344724388925

 

Pourtant, un autre jour, et des années plus tard, alors que dans un musée parisien il se trouve, debout, devant un tableau de Manessier dont, par un jeu de lumière involontaire ou plus probablement par une vue de son esprit, les nuances de rouge éclairent le visage laiteux des deux jeunes touristes japonaises qui se tiennent à sa gauche, une émotion qui lui semble venir de plus loin que de la simple beauté de l’œuvre (une passion mais il ne saurait dire laquelle) le surprend.

Il la chasse assez vite de son esprit, mais reste immobile longtemps, à regarder, à regarder encore, cherchant quelque chose, derrière ces lignes et ces angles sombres, à travers cet enchevêtrement cruciforme et écarlate, un sens encore caché.

 

(dans la vidéo bonus, peut-être ?)

 

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Une curiosité bien humaine (1)

 

Bien sûr, l’idéal serait de partir avec Lisa, de quitter cette terre désespérante, de créer avec elle sur un monde nouveau une nouvelle humanité. Pour ça, il faudrait faire l’amour très souvent.

De toute manière, il n’y aurait pas grand-chose d’autre à faire, étant donné le climat, la vitesse des vents, ils ne pourraient pas souvent mettre le nez dehors. Faire l’amour toute la journée, ou cultiver des plantes sous des serres immenses, pour la nourriture et pour l’oxygène.

Ce serait vraiment bien. Lisa et lui, seuls, sur Mars. Mais Lisa n’aime pas le rouge.

 

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A Propos

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